92% des architectes wallons sont impactés par la crise

Quel est l’impact de l’épidémie de coronavirus sur le fonctionnement des bureaux d’architecture ? Pour le savoir, l’Union Wallonne des Architectes a interrogé ses membres. Et le constat est sans appel : 92,4% des architectes wallons sont impactés par la crise. Tous redoutent que le pire soit à venir…

Régulièrement sollicitée par ses membres qui subissent les conséquences de la crise économique actuelle, l’Union Wallonne des Architectes (UWA) leur a proposé de répondre à une enquête afin d’en matérialiser l’impact. Entre le 29 avril et le 12 mai 2020, 365 architectes se sont manifestés. Le constat est sans appel : 92,4% des architectes wallons ont subi la crise de plein fouet.

Tous sont indépendants, 45% d’entre eux travaillent seuls, 38 % exercent leur profession dans des bureaux de 2 à 5 personnes. Ce sont ces petites structures qui sont les plus touchées : dans 17,2 % des cas, le bureau dans lequel ils travaillent a fermé complètement ou partiellement ses portes faute de travail, de chantiers à suivre, de clients. Cela ne signifie pas pour autant que les 83% restants ont fonctionné à plein régime… Ils ont pour la moitié fait du télétravail, ou, pour un quart d’entre eux, travaillé avec les portes fermées (4,5% ont jonglé avec les deux).

Seuls 7,6% des architectes nous informent que leur activité n’avait, au moment de remplir l’enquête, subi aucune conséquence de la situation actuelle. Par ailleurs, bien qu’impactés, 25,8% des répondants confirment que toute leur équipe est restée active mais les tâches des uns et des autres ont évolué. Au contraire, 27,3% affirment qu’une partie des collaborateurs indépendants ont été suspendus,  et 20,7% ont vu le personnel administratif salarié mis au chômage temporaire.
Autrement dit : seulement 40,5 % des répondants sont restés actifs à temps plein, mais 7,1% envisageaient de réduire leur temps de travail. On tombe à 33,4%.


Des dossiers bloqués

Une diminution due à plusieurs raisons : des clients acculés qui reportent ou annulent leur projet, des chantiers à l’arrêt, des administrations fermées ou aux abonnés absents, des dossiers en stand-by faute de réponses,… Plus de 98,5 % des répondants ont ainsi constaté que les chantiers étaient à l’arrêt (62%) ou avançaient au ralenti (36%) ! Par ailleurs, seuls 2% annoncent que les nouveaux chantiers ont commencé comme prévu. Les architectes pointent d’ailleurs des difficultés liées au contrôle de ces chantiers en raison des mesures sanitaires.

Concernant les demandes de permis en cours, seuls 6,9% des répondants nous informent que l’instruction de dossier s’est poursuivie normalement… 41 % des architectes constatent un retard, 20% un blocage total, tandis que 27 % ne peuvent pas encore se prononcer. Pour favoriser la reprise, ils plaident pour un assouplissement des conditions d’octroi et pour une digitalisation des dossiers.

Enfin, concernant les marchés publics, moins de la moitié des architectes sont concernés. Mais globalement, ils dénoncent un retard ou un impact encore difficile à quantifier. Seuls 10 répondants nous informent que les procédures se poursuivent normalement.


Des mesures, et vite !

Les raisons qui empêchent les architectes d’exercer leur profession ne manquent donc pas… D’autant que leur situation personnelle et familiale n’est pas en reste : bon nombre d’entre eux se sont retrouvés confinés avec un ou plusieurs enfants, scolarisés ou en bas-âge, dont ils ont dû s’occuper. Impossible, donc, d’être opérationnels à 100%, même si le travail ne manque pas. Certains ont dû stopper toute activité, et se retrouvent interpelés par des clients parfois peu compréhensifs.

En parallèle, l’organisation du télétravail n’est pas toujours simple. Des architectes relèvent qu’il a un coût en terme de matériel, mais aussi au niveau humain : il serait moins efficace que le travail au bureau.

Tous ces cas de figure engendrent des pertes, que de nombreux architectes n’arrivent que partiellement à compenser par les systèmes mis en place par le gouvernement. Sur 365 répondants, 231 ont utilisé le droit passerelle et 22 comptaient le faire. Cela représente 70% des architectes interrogés ! 27% ne recourent pas à cette aide. Parce qu’ils estiment que leur travail et leurs revenus ne sont pas impactés ? C’est le cas de quelques-uns. Mais la plupart d’entre eux nous signale ne pas y avoir accès ! En effet, pour en bénéficier, les indépendants doivent prouver au minimum 7 jours d’arrêt complet. Or, les architectes doivent assurer un minimum de suivi de leurs dossiers, ne fût-ce qu’administratif.

A l’heure actuelle, les architectes wallons estiment que la perte de revenus est difficile à prouver. Mais ils ont des inquiétudes pour l’avenir : ils redoutent la mise au placard de certains projets, faute de budget des maîtes d’ouvrage impactés par la crise. Certains n’ont plus de demandes, aucun nouveau client en vue. Bon nombre d’entre eux reconnaissent faire appel aux aides de manière préventive, redoutant une frilosité des investisseurs et craignant une diminution importante des commandes futures.

Ce manque-à-gagner, la prime compensatoire de 2.500 euros octroyée par le Gouvernement wallon ne le compensera pas. Elle venait d’être mise en place lorsque l’UWA a lancé son enquête. Seuls 37% ont annoncé l’avoir demandée ou envisager de le faire, mais il est probable que ce chiffre soit aujourd’hui beaucoup plus élevé.

Les autres systèmes d’aides sont globalement connus mais peu sollicités, un report des différents paiements n’étant pas jugé adapté : les architectes craignent un effet différé de la crise, qui n’est absolument pas pris en compte par les autorités à l’heure actuelle. L’UWA insiste auprès de ces dernières pour qu’un système de relance économique en adéquation avec les besoins du secteur soit mis en place d’urgence.


Quelques chiffres-clés :

  • Fondée en 2008, l’Union Wallonne des Architectes représente 1.800 membres.
  • 365 architectes ont répondu à l’enquête.
  • 8% annoncent que leur bureau a complètement fermé ses portes, 9% parlent d’une fermeture partielle.
  • 7,5% déclarent n’avoir subi aucun impact, 25,5% ont pu maintenir un temps plein, mais avec des tâches modifiées. A contrario, 27,5% ont vu une partie des collaborateurs du bureau suspendus, et dans 21% des cas les salariés ont été mis au chômage temporaire. Le reste a fortement réduit son temps de travail.
  • 70% des architectes wallons utilisent le droit passerelle.
  • 52,3% estiment que les mesures relatives au secteur du bâtiment prises dans le cadre de la crise ne sont pas claires.
  • 98,5% des chantiers sont à l’arrêt ou tournent au ralenti.
  • 61,4% des demandes de permis d’urbanisme sont en stand-by ou ont pris du retard.