On connaît tous ce moment de bascule : une option “vite esquissée” devient, sans procès, la direction du projet. L’implantation est décidée, les gabarits se verrouillent, et l’équipe passe en mode production… alors que l’environnement (climat, voisinage, contraintes urbaines) n’a pas encore vraiment “parlé”. La capsule « Virage Digital – Assar part of Sweco » met précisément le doigt sur ce point : mettre le numérique au service des toutes premières décisions — quand il est encore temps de changer.
Le vrai virage : passer d’une intuition seule à une intuition “éclairée”
Le propos n’est pas de remplacer la créativité par des chiffres. C’est plutôt d’outiller la créativité pour qu’elle dialogue plus tôt avec le réel. Dans la présentation associée à la vidéo, Assar explique mobiliser des données ouvertes (climat, relevés, contexte urbain) et de la conception paramétrique afin de concevoir des bâtiments “plus performants, durables et adaptés” dès la phase d’esquisse.

Autrement dit : au lieu d’attendre l’avant-projet pour découvrir les effets de masse, d’ensoleillement ou d’insertion, on cherche à informer l’esquisse. Pas pour “prédire” le projet, mais pour poser de meilleures questions.
Conseil
Si ton bureau débute, ne vise pas “tout de suite un jumeau numérique”.
Commence par une seule couche (ex. contexte urbain + gabarits) et une seule question (par ex. "Où la volumétrie est-elle la plus robuste ?").
Données ouvertes : quand le contexte devient une matière de conception
Ce qui est intéressant, c’est la nature des données citées : climat, relevés, contexte urbain.
Ces informations ne sont pas des “détails techniques” : elles deviennent des matières premières. On ne dessine plus “dans le vide”, on dessine sur un terrain déjà riche de signaux.
- Climat : un cadre pour parler orientation, apports solaires, confort, stratégies passives.
- Relevés : une manière de “lire” un existant (relief, volumes, obstacles) avec une précision géométrique utile, à l’amont.
- Contexte urbain : densité, alignements, vides/pleins, masques, continuités.

Conception paramétrique : changer de posture sans perdre l’auteur
La conception paramétrique, telle qu’annoncée dans la présentation, sert à exploiter ces données dès l’esquisse.
L’enjeu (philosophique autant que technique) n’est pas “faire des formes complexes”. C’est formaliser des règles : ce qui est variable, ce qui ne l’est pas, et ce qu’on cherche à optimiser (qualité d’espace, performance, adaptation au site).
Pour des architectes et ingénieurs auteurs de projets, c’est un déplacement subtil :
- On reste auteur… mais on devient aussi metteur en scène de critères.
- On ne défend plus seulement une solution : on rend visible le raisonnement qui y mène.
- On gagne une capacité précieuse : tester une hypothèse au lieu d'y “croire”.

Exercice pour bien démarrer
Prenez un concours récent et rejouez uniquement l’amont : 2–3 variantes de volumétrie + 1 indicateur simple (ex. emprise/porosité, masque urbain, surface utile). L’objectif n’est pas d’avoir raison, mais de structurer le débat.
Analyse critique : les limites à anticiper (pour éviter le “numérique décoratif”)
- Fausse précision
Des données existent, oui. Mais elles ne disent pas tout. Si on sur-interprète, on “durcit” des décisions trop tôt. - Biais de modèle
Paramétrer, c’est choisir ce qu’on mesure. Si vos critères ignorent l’usage réel, l’inclusivité ou la maintenance, vous optimisez… une vision partielle. - Dette de compétences
Sans rôles clairs (qui prépare la donnée ? qui valide ?), la démarche devient dépendante de 1–2 personnes et s’essouffle. - Gouvernance de projet
L’intégration ne se décrète pas : elle se pilote (cadre de décision, responsabilités, versioning, validation).

Conclusion
Et si le “virage digital” n’était pas un achat de logiciel, mais une nouvelle hygiène de décision en esquisse ?
Et si votre prochain projet commençait par rendre le contexte actionnable (données), puis la créativité testable (paramètres), avant de devenir “dessinable” ?
Et maintenant ?
- Quelles données (climat, relevés, contexte) sont réellement disponibles et exploitables dans vos projets dès la première semaine ?
- Quels 3 critères votre équipe accepte-t-elle de rendre visibles dès l’esquisse, même si cela complique la discussion ?
- Où situez-vous la frontière entre “outil d’aide à la décision” et “illusion de certitude” ?
- Comment passer d’une démarche “inspirante” à un protocole léger (1 modèle, 1 indicateur, 1 rituel d’équipe) sans alourdir la production ?
Références & liens utiles
- Vidéo YouTube “Virage Digital – Assar part of Sweco” : https://youtu.be/8iSRTQA5xIo?si=LWEz58Z5ELr5zdIe
- Présentation du dispositif “Vitrine Digital Excellence” (cadre et objectifs) : https://www.digitalwallonia.be/fr/publications/vitrine-excellence-numerique/
- Site officiel Asar part of Sweco : https://www.assar.com/
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Cet article est issu d'une collaboration entre intelligence humaine et intelligence artificielle, pour explorer ensemble l’avenir de la conception architecturale.
Cet article est réalisée dans le cadre du projet Construction du Futur soutenu par Digital Wallonia (Agence du Numérique)
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