Longtemps, le relevé a été considéré comme une étape préparatoire, presque invisible dans la valeur d’un projet. Le THEMA d’octobre 2025 invite à le regarder autrement. Non pas comme une simple collecte de mesures, mais comme un moment stratégique où se jouent déjà la qualité de l’information, le temps de travail, la coordination entre acteurs et, de plus en plus, la sobriété de nos pratiques numériques. Dès l’ouverture du cycle, le constat est posé clairement : dans la chaîne de construction, une donnée peut encore être encodée entre 6 et 8 fois, avec tout ce que cela implique en pertes de temps, en risques d’erreur et en réinterprétations inutiles.

Ce que montrent les quatre vidéos, au fond, c’est moins une course au “meilleur appareil” qu’un déplacement de méthode. Le relevé numérique n’a d’intérêt que s’il permet de partager plus directement l’information, de limiter les doubles encodages et de rendre du temps aux tâches qui comptent vraiment dans la pratique architecturale.
Visionner les vidéos de ce THEMA
Les outils numériques d’aujourd’hui à adopter dès demain
La première vidéo a le mérite de remettre le sujet sur de bons rails : il n’existe pas un outil miracle, mais un choix à faire entre précision, prix et facilité d’usage. Buildwise présente ainsi une lecture utile du marché, entre solutions low-tech, middle-tech et high-tech. Certaines sont très accessibles, peu coûteuses, rapides à prendre en main ; d’autres relèvent déjà d’un équipement spécialisé, pertinent seulement pour des besoins très précis.
Pour un bureau d’architecture, cette nuance est essentielle. Une caméra 360, un capteur relié à un smartphone ou un outil intermédiaire ne permettront pas toujours une précision millimétrique, mais peuvent suffire pour du suivi de chantier, des rapports de visite, des états des lieux ou des estimations rapides. La transcription insiste d’ailleurs sur ce point : beaucoup d’outils “moins précis” restent intéressants parce qu’ils font gagner un temps considérable ailleurs dans le processus.
Le vrai basculement est peut-être là. Le relevé n’est plus seulement une opération individuelle où chacun repasse sur site pour reprendre “ses” mesures. Les outils numériques ouvrent la possibilité d’une base commune, sur laquelle d’autres acteurs peuvent venir se connecter ensuite. C’est une évolution discrète, mais décisive, pour la manière de produire le projet.

IMapper : un outil simple, mais pas simpliste
La deuxième vidéo, centrée sur IMapper, ramène le débat à un niveau très concret. L’outil est présenté comme un pointeur laser sur trépied qui tourne à une hauteur donnée, prend aussi des photos et génère rapidement un fond de plan. Son intérêt n’est pas de remplacer les relevés de haute précision ni le travail du géomètre, mais d’apporter une solution intermédiaire, simple, rapide et exploitable pour des situations courantes.
C’est ce positionnement qui le rend intéressant pour les architectes. On n’est pas dans une promesse spectaculaire, mais dans un outil de terrain : peu d’applications, peu d’exports compliqués, une logique directe entre captation et exploitation. Le revers de cette simplicité est bien précisé dans la transcription : IMapper fonctionne comme une coupe à une hauteur donnée. Dès qu’il faut lire une situation plus pleinement tridimensionnelle, avec alcôves ou géométries complexes dans la hauteur, l’outil montre ses limites.
Autrement dit, il ne faut ni le sous-estimer ni lui demander ce pour quoi il n’est pas fait. C’est sans doute l’un des fils rouges les plus utiles de ce THEMA : choisir un outil de relevé, ce n’est pas viser le maximum technologique, c’est viser la bonne adéquation entre besoin réel, temps disponible et résultat attendu.

Introduction à la photogrammétrie en bureau d’architecture
La troisième vidéo ouvre un horizon particulièrement stimulant : celui de la photogrammétrie. Son principe est simple à formuler, mais exigeant à bien mettre en œuvre : prendre de nombreuses photos d’un objet ou d’un bâtiment, les faire se recouper suffisamment, puis reconstruire un modèle 3D mesurable à partir de cette matière visuelle. La transcription le rappelle très clairement : tout dépend d’abord de l’acquisition. Une bonne photogrammétrie se joue sur site, dans la manière de se déplacer, de préparer la mission et de construire ses prises de vue.
Les règles données dans la vidéo sont précieuses pour un public d’architectes et d’ingénieurs qui veut comprendre sans jargon inutile : garder un angle maximal de 30° entre les images, viser un recouvrement de 60 à 80 %, idéalement autour de 70 %, faire des translations le long des façades, tourner autour du bâtiment à plusieurs hauteurs, et éviter en intérieur de se placer au centre d’une pièce pour tourner sur soi-même.
La vidéo rappelle aussi les limites très concrètes de la méthode : météo défavorable, végétation envahissante, surfaces trop uniformes, objets réfléchissants, ou encore absence de préparation du site peuvent dégrader fortement le résultat. Mais loin de décourager, ce constat rend la photogrammétrie plus crédible : elle apparaît ici comme une méthode accessible, puissante, encore sous-utilisée, à condition d’être pratiquée avec rigueur.

Numériser, oui — mais avec justesse
La quatrième vidéo, avec Benoît Lemmens, apporte une profondeur bienvenue au cycle. Il y défend une idée forte, mais très concrète : la numérisation 3D peut devenir un outil quasi quotidien dans un bureau d’architecture. Pas seulement dans des structures spécialisées, et pas uniquement pour des démonstrations techniques. Dans son cas, elle est mobilisée au service de missions d’expertise, de restauration, de réhabilitation ou de médiation culturelle.
Son intervention a aussi le mérite d’élargir le regard. Même si ses exemples viennent largement du patrimoine, il précise explicitement que ces technologies peuvent s’appliquer à d’autres typologies de bâtiments. Et surtout, il insiste sur un point trop souvent oublié dans les discours sur le numérique : son coût environnemental. Sa position est claire dans la transcription : développer ces outils, oui, mais en gardant une exigence de sobriété numérique et en cherchant non pas “le plus”, mais “le juste ce qu’il faut”.
Cette idée donne au cycle une portée plus large que la seule question instrumentale. Le relevé numérique n’est pas seulement un moyen d’aller plus vite. Il devient un exercice d’arbitrage : quelle quantité d’information faut-il vraiment produire ? quelle précision est utile au projet ? que vaut une donnée de plus si elle complique ensuite le traitement, le stockage ou la transmission ? Ce sont des questions très techniques, mais aussi très contemporaines pour la pratique du projet.

Conclusion
Ce retour sur le THEMA d’octobre 2025 laisse une impression nette : le relevé est en train de changer de statut. Il ne disparaît pas derrière la technologie ; il devient plus structurant, plus partageable, parfois plus rapide, et surtout plus lisible dans la chaîne du projet. Les outils présentés ne dessinent pas un futur uniforme, mais une palette de méthodes à ajuster selon les contextes.
- Dans vos projets, quel niveau de précision est réellement nécessaire pour mieux décider ?
- À partir de quand un relevé devient-il une ressource commune plutôt qu’un simple support individuel ?
- Et comment intégrer ces outils sans produire plus de données que le projet n’en demande vraiment ?
Références & liens utiles
Vidéo 1 : Les outils numérique d’aujourd’hui à adopter dès demain
vidéo 2 : Le relevé intelligent et automatisé - IMapper & Retour d'expérience
Vidéo 3 : Introduction à la photogrammétrie en bureau d’architecture
Vidéo 4 : Le numérique dans les techniques de relevés en bureau d'architecture
Lire tous nos articles sur le numérique
Cet article (inspiré de l'article équivalent sur Digital Wallonia) est issu d'une collaboration entre intelligence humaine et intelligence artificielle, pour explorer ensemble l’avenir de la conception architecturale.
Cet article est réalisée dans le cadre du projet Construction du Futur soutenu par Digital Wallonia (Agence du Numérique)
Partenaires du projet Construction du Futur : Buildwise, Union Wallonne des Architectes, Embuild Wallonie, Centre de Recherches Routières, CAP Construction, Infopole et GreenWin
Encore une question ?
Le service des facilitateurs numériques de l'UWA est un projet mené avec le soutien et à l’initiative de la Wallonie.
Pour toute question complémentaire, n'hésitez pas à nous contacter à l'adresse numerique@uwa.be
