Les meilleurs projets architecturaux récents en Wallonie

© RIEGER Bertrand / hemis.fr

© RIEGER Bertrand / hemis.fr

Les Grand Prix d’architecture de Wallonie (GPAW) ont été décernés il y a quelque temps. Pour la quatrième fois, après les éditions de 2010, 2012 et 2015. Organisé par l’Union wallonne des architectes (UWA), ce concours s’adresse à tous les architectes qui ont réalisé des projets au sud du pays ces cinq dernières années. Une telle compétition n’est certes pas la seule au niveau belge (exemples : les Belgian building awards, le Prix belge pour l’architecture…) mais elle s’en distingue par une particularité.

C’est en effet un jury totalement indépendant qui distingue les lauréats. Non seulement, ces juges sont tous des gens du métier (et non des promoteurs), mais ils proviennent également tous de pays étrangers. Ainsi, pour cette édition 2017, les sélectionneurs étaient de six nationalités différentes : Canada, Portugal, Espagne, Irlande, Allemagne et Pays-Bas.

« Un gage de neutralité », souligne-t-on à l’Union wallonne des architectes. Et aussi de délibérations animées ! C’est que les habitudes de construction varient de pays à pays. Ainsi, les Pays-Bas ont une culture de logements collectifs, alors que l’Espagne est adepte de la maison individuelle. Ci-contre, les lauréats des cinq grandes catégories.

 

© D.R.

Prix réalisation d’un bureau wallon hors de la Région

Lauréat : Chantal Vincent

Bureau : Dessin et construction (Charleroi)

Ce projet primé est celui d’un pont pour piétons et cyclistes le long de la «Promenade verte», une piste entre Auderghem et Woluwé. Long de 60 mètres, ce pont dispose d’un tablier en béton mais surtout de nombreux piliers en bois qui évoquent une forêt et collent donc parfaitement à son usage.

 

© Hélène Binet

Prix bâtiment

Lauréat : Adrien Verschuere

Bureau : Baukunst (Bruxelles)

Un hall d’accueil polyvalent a été implanté au centre sportif de la Fraineuse à Spa. Il profite d’une pente déclinante pour venir se loger au bas d’un ancien manoir de style Versailles. Les deux édifices se répondent l’un l’autre. Moderne, le hall s’inspire de Mies van der Rohe, le maître du Bauhaus.

 

© D.R.

Prix espace architecturé

Lauréat : Luc Dutilleux

Bureau : Artau Architectures (Malmédy)

La Klötzerbahn est une des rues emblématiques d’Eupen. A mi-parcours, elle s’élargit en une place. Cet ensemble a fait l’objet d’un réaménagement avec revêtement de sol unique, pièces d’eau, mobiliers urbains et plantations.

Le tout s’est voulu sobre, afin de mettre en valeur les façades.

 

© Maxime Delvaux

Prix habitat collectif

Lauréat : Laure Bertrand

Bureau : LRArchitectes (Tourinnes)

Cette réalisation s’inscrit dans la revitalisation plus large du site de l’ancien arsenal de la SNCB à Pont-à-Celles.

Un des deux hangars jumeaux a été transformé en 24 logements sociaux. Le vaste espace vide de 1.000 m2 a été rempli de modules à vivre. Toutes les façades ont été préservées.

 

© Alain Janssens

Prix habitat individuel

Lauréat : Bertrand Evrats

Bureau : HE-architectes (Liège)

Ce projet a consisté en une intervention sur une maison unifamiliale datant de 1892 et surtout sur son annexe arrière érigée en 1948. Cette annexe bloquait la lumière et comportait de multiples pièces. Il fut donc décidé de la libérer en un seul long espace et de la doter de baies vitrées.

«Les architectes wallons s’exportent!»

Par Jean-Christophe de Wasseige

Le Soir Immo » a rencontré Gaëtan Doquire et Olivier Nils, respectivement directeur et responsable marketing de l’Union wallonne des architectes (UWA).

Quel est l’objectif de ces Grand Prix ?

Gaëtan Doquire C’est de mettre en valeur l’architecture de nos régions. De montrer ce qui se fait et ce qui peut se faire. Que ce soit en termes de maisons individuelles, de rénovations, de bâtiments, d’espaces publics… C’est aussi d’intéresser et de sensibiliser le public à notre profession.

Olivier Nils En effet, celui-ci garde encore une image assez élitiste de l’architecte. Or, il y a moyen de réaliser des projets de qualité avec un budget maîtrisé. Ces Grand Prix, c’est donc la preuve qu’il est encore possible de rêver son habitat…

Y a-t-il un style « wallon » en architecture ?

G.D. Pour répondre, le mieux est de reprendre l’analyse des membres du jury. Selon eux, il n’existe pas d’architecture wallonne. Il y a plutôt un mélange d’influences, comme on le remarque d’ailleurs dans d’autres disciplines. C’est connu : cela provient de notre statut de petit pays au carrefour de plusieurs cultures. Par contre, un élément est nettement plus évident.

Lequel ?

G.D. Les architectes wallons s’exportent ! Ils ne sont pas toujours auteurs de projets complets à l’étranger. Mais ils interviennent sur des points précis. Ils sont ainsi reconnus pour leurs compétences techniques, comme la gestion des espaces collectifs ou les problèmes de stabilité. Certains d’entre eux sont devenus des quasi-stars. C’est le cas de Vincent Callebaut avec ses tours écologiques futuristes. Ou de Julien De Smedt, qui a déjà construit à Oslo, Copenhague ou Shanghai.

Chez nous, quelles sont les dernières tendances en architecture ?

O.N. On peut citer la performance énergétique, la domotique, les matériaux durables, l’intégration du bâti dans son cadre, l’habitat groupé… Mais la grande tendance de fond, c’est la rénovation. Pour les architectes, c’est « le » grand marché de demain. Car les besoins sont considérables : le bâti wallon est plutôt ancien ; la demande en logement ne cesse d’augmenter ; la taille des ménages se réduit, ce qui implique de transformer les grandes demeures ; la place pour les nouvelles constructions n’est pas extensible indéfiniment ; etc.

G.D. Le retour en ville se confirme également. La bonne nouvelle, ici, c’est que toute une série de communes ont recommencé à investir dans l’architecture : pour revitaliser leurs centres urbains, réaménager leurs places, recréer du logement… Pour les architectes, le défi est d’accompagner ces initiatives tout en veillant à rester dans des coûts raisonnables.